le chat, ce grand incompris de l’éducation
Le chat est souvent perçu comme l’animal “ingérable” par excellence. Trop indépendant, trop imprévisible, trop… chat. Beaucoup de gardiens abandonnent rapidement toute idée d’éducation, persuadés que leur compagnon agit par défi ou par provocation.
Pourtant, cette croyance repose davantage sur des idées reçues que sur la réalité du comportement félin. En tant que comportementaliste félin, je peux l’affirmer : le chat apprend, mémorise et s’adapte en permanence. Simplement, il n’apprend pas pour les mêmes raisons que le chien, ni selon les mêmes règles.
« Mon chat fait exprès. »
« Il sait très bien ce qu’il fait. »
« Impossible de dresser un chat ! »
Si je gagnais un euro à chaque fois que j’entends ces phrases en consultation, je pourrais offrir des arbres à chat à tout le quartier 🐾
Alors, peut-on vraiment dresser un chat ? La réponse mérite d’être nuancée… et expliquée.
1. Mythe n°1 : “Un chat, ça ne s’éduque pas”
• Une idée reçue tenace… mais fausse
Dire qu’un chat ne s’éduque pas, c’est oublier qu’il apprend déjà tous les jours. Dès son arrivée dans un foyer, il observe, teste, mémorise et ajuste ses comportements en fonction de ce qui lui apporte du confort, de la sécurité ou une récompense.
Un chat apprend :
- à utiliser une litière (parfois mieux que certains humains les toilettes), et où faire ses besoins
- à reconnaître les horaires de repas,
- à anticiper les réactions de ses humains, quels humains sont prévisibles (et lesquels sont des distributeurs de croquettes)
- à éviter ce qui le met mal à l’aise.
- quelles surfaces sont autorisées… ou dangereusement excitantes
Le problème n’est donc pas l’absence d’apprentissage, mais notre définition de l’éducation. L’éducation féline existe, mais elle repose sur des principes très différents de ceux utilisés avec le chien.
Le chat n’obéit pas pour faire plaisir.
Il agit par intérêt, confort et sécurité.
2.Mythe n°2 : “Il sait très bien ce qu’il fait”
• Oui… mais pas comme vous le pensez
Cette phrase revient très souvent lorsqu’un chat adopte un comportement jugé indésirable : griffades, miaulements excessifs, sauts sur la table, réveil nocturne intempestif.
Oui, le chat sait ce qu’il fait.
Mais non, il ne le fait pas contre vous.
• Il fait ça parce que ça marche (ou que ça soulage)
Un chat qui griffe le canapé, saute sur la table ou miaule à 5h du matin ne cherche pas à vous provoquer.
Le chat agit pour :
- répondre à un besoin naturel, (griffer, explorer, communiquer)
- réduire une tension émotionnelle, ou exprime un inconfort émotionnel ou environnemental
- ou reproduire un comportement qui a déjà porté ses fruits.
Exemple très courant :
Un chat qui miaule la nuit et obtient une réaction (regard, parole, lever du lit). Il ne cherche pas à “embêter” son humain. Il apprend simplement que miauler = interaction. Et il serait dommage de ne pas exploiter une stratégie aussi efficace.
3.Alors, peut-on vraiment “dresser” un chat ?
• Le poids des mots
Le terme dresser est souvent source de confusion. Il évoque l’idée de domination, de contrainte et d’obéissance systématique. Or, le chat ne fonctionne pas sur un modèle hiérarchique comme le chien. le chat n’est ni soumis ni hiérarchique.
Le chat ne cherche pas à obéir, il cherche à comprendre si l’action lui est bénéfique.
Plutôt que de parler de dressage, il est donc plus juste de parler :
- d’apprentissage,
- d’éducation respectueuse,
- de coopération.
On ne dresse pas un chat, on lui apprend.
4.Comment apprend réellement un chat ?
• Les bases de l’apprentissage félin
Le chat apprend par :
- association (ce comportement m’apporte quelque chose),
- répétition,
- cohérence de son environnement.
Contrairement aux idées reçues, il est tout à fait capable de comprendre des règles… à condition qu’elles aient du sens pour lui.
• Ce qui fonctionne vraiment
- le renforcement positif (friandises, jeu, attention),
- la prévention des comportements indésirables,
- l’aménagement de l’environnement,
- la patience et la régularité.
• Ce qui ne fonctionne pas
- les cris,
- les punitions,
- l’attraper “sur le fait”.
Ces méthodes n’apprennent rien au chat, si ce n’est à se méfier… de vous. il n’associe pas la punition à son action, seulement à votre humeur
5.Ce qu’on peut réellement apprendre à un chat
Spoiler : bien plus que vous ne l’imaginez
Avec une approche adaptée, un chat peut apprendre :
- à venir quand on l’appelle,
- à utiliser un griffoir spécifique,
- à entrer volontairement dans sa caisse de transport,
- à accepter les manipulations et soins,
- à réaliser des exercices simples (assis, cible, rappel).
La clé ? Que le chat y trouve un intérêt personnel.
Un chat coopère quand il se sent en sécurité, respecté et acteur de la situation.
6 Quand l’éducation échoue : regardons l’environnement
• Le chat ne “fait pas n’importe quoi” par hasard
Dans la majorité des cas, les comportements problématiques sont liés à :
- un manque de stimulation,
- un stress chronique,
- une incompréhension de ses besoins naturels de félin.
Un chat qui griffe, urine hors litière ou vocalise excessivement n’est pas mal élevé.
Il exprime un déséquilibre. Il s’adapte… comme il peut.
Corriger le comportement sans corriger la cause revient à mettre un couvercle sur une cocotte-minute.
🐾 Dresser un chat, non. Créer une relation, oui.
Le chat n’est pas réfractaire à l’éducation. Il est simplement fidèle à sa nature. Il est simplement sélectif. Lorsqu’on cesse de vouloir le contrôler pour chercher à le comprendre, tout change.
Lorsque l’on respecte :
- sa nature
- son rythme
- sa motivation
L’apprentissage devient alors :
- plus fluide,
- plus respectueux,
- et souvent bien plus efficace.
Et avouons-le :
voir un chat coopérer par choix, et non par contrainte, est infiniment plus satisfaisant… et beaucoup plus élégant
Humour : Journal de bord d’un chat courageusement en cours de “dressage” humain.
Jour 1
L’Humain a décidé que c’était le début de mon éducation.
Il m’a regardé avec cet air sérieux qu’ils prennent quand ils croient être l’espèce dominante.
Objectif du jour : ne pas monter sur la table.
J’ai sauté sur la table. Lentement. En le regardant dans les yeux.
Important de poser des bases claires dès le départ.
Jour 3
Nouvelle stratégie de l’Humain : le renforcement positif.
Il dit “assis” avec une voix ridicule et agite une friandise.
Je m’assois.
Pas parce qu’il l’a demandé.
Mais parce que j’étais déjà assis.
Il est très fier. Je prends note : l’encourager, ça marche.
Jour 7
Tentative de dressage au clicker.
Click. Friandise.
Click. Friandise.
J’ai compris le concept :
le petit bruit magique déclenche la nourriture.
J’ai donc passé l’après-midi à m’asseoir, me lever, m’asseoir, cligner des yeux, respirer.
Il cliquait dans la panique.
Je mangeais.
Science.
Jour 12
L’Humain dit maintenant :
“Il le fait exprès.”
Oui.
Jour 18
Nouvelle règle : ne pas griffer le canapé.
Il a acheté un griffoir.
Très laid.
J’ai continué le canapé.
Il soupire beaucoup.
Je pense qu’il apprend lentement, mais avec patience, il finira par comprendre mes besoins.
Jour 25
L’Humain essaie de m’ignorer quand je miaule à 4h du matin.
Il se tourne.
Il soupire.
Il résiste.
Je miaule plus fort.
Victoire écrasante.
Note personnelle : la persévérance est la clé du dressage humain.
Jour 30
Bilan du mois :
– Il croit que je progresse.
– Je le laisse croire.
– Il adapte toute sa vie à mes horaires, mes humeurs et mes principes.
Conclusion :
Le dressage est presque terminé.
Il est très prometteur pour un humain.
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